Actualités e-santé

« La grande difficulté pour les Health Tech c'est l'accès au marché, qui est trop long. Il faut 3 ans pour déployer une innovation. »

Alexandre Huckert, co-fondateur de Lifen, revient sur nos avancées et le projet Soigner Ensemble.

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5
minutes

Le mercredi 20 janvier 2021, l’Institut Sapiens et Syntec Numérique ont organisé sa troisième conférence des « Rencontres de la France qui gagne », sur le thème de l’innovation en santé.

À cette occasion, Alexandre Huckert, co-fondateur de Lifen , était au micro d'Olivier Babeau pour présenter les avancées de Lifen et notre projet Soigner Ensemble.

Retrouvez sa prise de parole à partir de la 26ème minute.

Le projet Soigner Ensemble doit permettre à tous les soignants de mobiliser l’ensemble des données et innovations pertinentes pour leurs soins.

Découvrez le projet

Lifen, c’est une plateforme d’e-santé qui permet aux soignants de faciliter l’accès aux données de leur patients ainsi que l’accès à l’innovation.

On a créé Lifen il y a 5 ans avec la volonté d’amener l’innovation dans le quotidien des professionnels de santé, mais on s’est vite rendu compte qu’il y avait un petit écart entre la théorie et la pratique.

La théorie, c’est qu’on imagine la santé connectée, on imagine les bienfaits de l’intelligence artificielle en santé, ce que ça pourrait apporter pour la médecine personnalisée, la médecine préventive… Et puis en pratique on se rend compte que dans les hôpitaux, ou auprès des médecins,  les outils du quotidien ne sont parfois pas à la hauteur, comme la façon de partager un document, la façon de s’organiser sur le temps de travail, etc…

Par conséquent il y a une charge administrative qui p!se sur les médecins et qui leur enlève du temps médical.

Comme souvent, le problème c’est l’interopérabilité, avec énormément de systèmes très différents qui ne communiquent pas ensemble ?

C’est clairement l’enjeu majeur qui freine aujourd’hui l’innovation en santé.

Depuis combien de temps Lifen existe ? 

Cela fait 5 ans. On a démarré en s’intéressant à la transmission de l’information médicale. Il fallait dans un premier temps connecter les acteurs du système entre eux.

Vous assurez les connexions entre les professionnels de santé autour d’un même patient, c’est ça ?

Exactement. L’enjeu c’est de faciliter l’envoi des documents entre l’hôpital, un médecin et son patient. On a développé une messagerie sécurisée qui permet de fluidifier ces échanges, qui va permettre de réaliser des économies pour l’établissement, faire gagner du temps aux médecins et améliorer la prise en charge du patient entre l’hôpital et la ville.

C’est donc pour les professionnels, le patient a-t-il accès à la solution ?

Aujourd’hui le patient peut récupérer ses documents via un espace sécurisé. Mais c'est un outil avant tout à destination des professionnels de santé.

Cela permet donc aux professionnels de santé de communiquer entre eux et d’éviter les doublons d’information ?

Oui. Cela permet de fluidifier le parcours de soin, d’éviter les actes redondants, dont on estime qu’ils peuvent atteindre 15% du budget de la santé.  Il y a aussi un intérêt pour assurer une bonne transmission entre l’hôpital et la ville. On parle pas mal d’ambulatoire : vous allez être hospitalisé juste une journée, cela ne fonctionne que s’il y a derrière une bonne prise en charge par la médecine de ville (votre médecin traitant par exemple) pour faire le suivi et éviter une réhospitalisation. Cela peut représenter un coût important pour le système.

Combien de données gérez-vous aujourd’hui ?

On est présent dans plus de 40% des hôpitaux publics et privés, et on permet à 100 000 médecins d’échanger des documents médicaux chaque mois.

Est-ce que la prise en main par les médecins de cet outil est facile ?

C’est un des enjeux principaux : on parlait auparavant d’interopérabilité, l’autre enjeu c’est de s’intégrer dans la pratique des médecins, devenir un réflexe pour eux, et que l’informatique ne vienne pas leur rajouter de la charge administrative, mais au contraire les aider à se concentrer sur leur pratique.

Comment cela va-t-il s’articuler avec l’Espace Numérique de Santé prévu pour 2022 ?

On développe des outils à destination des établissements et des professionnels de santé qui sont parfaitement alignés avec le projet de l’Etat, et donc on va aider l’alimentation de l’ENS pour que les patients puissent y retrouver leurs documents.

Il faut bien comprendre que l’enjeu c’est d’adapter les outils pour qu’ils s’intègrent parfaitement dans le quotidien des professionnels de santé. C’est vraiment cela que l’on fait chez Lifen.

Quels sont vont principaux défis en ce moment ?

En faisant le bilan de notre aventure jusqu’à présent, on voit qu’il n’est pas si simple d’innover en santé. La bonne nouvelle c’est que c’est en train de changer. Il y a un certain nombre d’obstacle, certains d’ordre réglementaires, comme les contraintes de sécurité, mais je dirais que l’obstacle n°1 c’est la difficulté d’accéder au marché. Il est difficile de déployer des solutions au sein des hôpitaux et auprès des médecins.

Il faut passer par un ensemble d’institutions ?

Il y a un marché un peu morcelé : il y a les hôpitaux publics, les hôpitaux privés, les médecins libéraux, tous les professionnels de santé… À chaque fois ce sont des enjeux différents.

C’est dommage car à côté de cela en France, nous avons un terreau d’innovation qui est fertile : on ne manque pas d’entrepreneurs, on ne manque pas non plus de financement, c’est remarquable. Mais malheureusement, toutes les initiatives vont se heurter à cette même difficulté : comment j’accède au marché ? Comment je déploie ma solution ?

Un exemple simple : si aujourd’hui vous développez un jeu sur mobile et vous le mettez sur les store des téléphones, immédiatement vous pouvez toucher des centaines d’utilisateurs. Si à l’inverse vous développez une application qui change la vie des cardiologues et de leurs patients parce que vous permettez le suivi de pathologies chroniques, vous allez mettre 3 à 5 ans avant d’avoir votre solution qui est déployée dans différents établissements et atteindre une masse critique. C’est ça le problème.

Là-dessus il y a 2 freins : le premier, c’est l’interopérabilité. Vous allez devoir rendre votre logiciel compatible avec l’ensemble des logiciels du marché. Ce sont des enjeux techniques mais d’intégration, de projets, chaque hôpital avec lequel vous voulez travailler va nécessiter un projet de 3 à 6 mois, cela n’est pas forcément compatible avec des start up par exemple, dont on attend qu’ils aient de la traction assez vite.

L’autre élément, c’est l'intégration dans la pratique des professionnels de santé. Là, c’est encore plus dur puisqu’ils ont peu de temps, il faut qu’ils découvrent votre application, qu’ils en comprennent le sens, qu’ils prennent l’habitude de l’utiliser pour les patients pour qui ça va être pertinent…

Comment gérez-vous les mises à jour de l'outil ? 

Aujourd’hui on ne développe plus les logiciels comme il y a certaines années. Vos applications sur votre mobile se sont peut être mises à jour deux fois cette nuit.

C’est parce qu’il y a des retours d’usage qu’on peut proposer des applications qui sont plus efficaces. Si on veut permettre une forte innovation en santé, il faut s’adapter à ces modes là, être capable de faire des mises à jour plus régulières. Ce n’est pas forcément évident car dans certains hôpitaux on avait l’habitude de réaliser une montée de version annuelle par exemple. Cela ne fonctionne plus aujourd’hui avec le Cloud et les logiciels Software As a Service.

On en est où finalement de cette plateformisation de la e-santé ?

C’est la tendance de fonds. Chez Lifen, nous pensons avoir un rôle majeur à jouer. Nous avons lancé un projet intitulé Soigner Ensemble, qui vise à rassembler les éditeurs de solutions et les soignants. Pour les éditeurs, nous souhaitons leur permettre d’utiliser notre présence sur le marché pour déployer leurs innovations. Pour les soignants, cela prendra la forme d’un catalogue d’applications qui vont bien s’intégrer dans leur quotidien, qui vont bien fonctionner entre elles.

Pour les éditeurs, se sont aussi des outils clé en main qui leur permettront de régler les problèmes d’interopérabilité, d’aller plus vite sur le marché.

On estime qu’on peut diviser par 50 le coût d’accès au marché pour un éditeur.

Si on devait faire des recommandations à des futurs candidats, un service public engagé dans une modernisation réelle ?

Il faut continuer sur la bataille de l’interopérabilité, qui a été initiée par le gouvernement sur le plan MaSanté2022.

L’Etat a bien compris tous les enjeux et a défini des normes qui vont nous aider à accomplir cela. Chez Lifen on pense que c’est l’association du public et du privé qui pourra changer la donne. Il est également important de faciliter la collaboration entre le gouvernement et les start ups. On a  encore l’habitude de payer des développements plutôt que de payer des résultats. Du côté des start up, on va plutôt chercher à être rémunéré sur de l’usage, du concret. Enfin, il faudrait une harmonisation au niveau européen, puisqu’aujourd’hui, c’est encore difficile de se déployer à l’international, en Europe.  Il y a des contraintes réglementaires différentes, même si les enjeux sont partagés. C’est autant de freins à une expansion européenne pour des acteurs comme nous.

Nathan Veyret

Brand content manager @Lifen. Après 3 ans d'expérience en agence de communication corporate, il gère à présent l'image de marque de Lifen.

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